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lundi, octobre 01, 2018

A QUOI L’ON PEUT MESURER LA SAGESSE.

    Le surcroît de sagesse se laisse mesurer exactement d’après la diminution de bile.
        NIETZSCHE; Le Voyageur et son ombre; Aphorisme 348.

jeudi, septembre 27, 2018

CONSTANTE ACCELERATION

    Les personnes qui commencent lentement et qui se familiarisent difficilement avec une chose, possèdent parfois plus tard la qualité de l’accélération constante, - en sorte que personne ne sait finalement où le courant peut encore les entraîner.
        NIETZSCHE; Le Voyageur et son ombre; Aphorisme 331.

vendredi, avril 27, 2018

L’ENSEIGNEMENT DE LA MACHINE


    La machine enseigne par elle-même l’enchaînement des foules humaines, dans les actions où chacun n’a qu’une seule chose à faire : elle donne le modèle d’une organisation des partis et de la tactique militaire en cas de guerre. Cependant, elle n’enseigne pas la souveraineté individuelle : elle fait une seule machine du grand nombre et, de chaque individu, un instrument à utiliser en vue d’un seul but. Son effet le plus général est d’enseigner l’utilité de la centralisation.
        NIETZSCHE; Le Voyageur et son ombre; Aphorisme 218.

mardi, août 08, 2017

L’ART D’UNE EPOQUE LABORIEUSE

      Nous possédons la conscience d’une époque laborieuse : cela ne nous permet pas de réserver à l’art les meilleures heures et les meilleurs matins, quand même cet art serait le plus grand et le plus digne. Il est à nos yeux affaire de loisir, de récréation : nous lui vouons les restes de notre temps, de nos forces. – C’est là le fait principal qui a changé la situation de l’art vis-à-vis de la vie : lorsque l’art fait appel aux réceptifs par de grandes exigences de temps et de force, il a contre lui la conscience des laborieux et des hommes capables, il en est réduit aux gens indolents et sans conscience qui, par leur nature, ne sont précisément pas portés vers le grand art et qui considèrent les prétentions du grand art comme de l’insolence. Il se pourrait très bien que le grand art fut à sa fin, parce qu’il manque d’air et de libre respiration : ou bien encore faudrait-il qu’il essaie de s’acclimater dans une autre atmosphère (ou du moins de pouvoir y vivre), dans une atmosphère qui n’est en somme que l’élément naturel du petit art, de l’art du repos et de la distraction amusante. Il en est ainsi presque partout maintenant, même les artistes du grand art promettent une récréation et une distraction, eux aussi s’adressent à l’homme fatigué et lui demandent les soirées de ses journées de travail, - tout comme les artistes comiques sont satisfaits d’avoir remporté une victoire sur le front chargé de plis sévères et sur les yeux caves. Quels sont donc les artifices de leurs plus grands confrères ? Ceux-ci ont dans leurs armes les excitants les plus puissants qui parviendraient même à effrayer l’homme à moitié mort, ils possèdent des stupéfiants, des moyens de griser, d’ébranler, de provoquer des crises de larmes : par tous ces moyens, ils subjuguent l’homme fatigué et l’amènent dans un état de fébrilité nocturne, de débordement, de ravissement et de crainte. Aurait-on le droit d’en vouloir au grand art, tel qu’il existe aujourd’hui sous forme d’opéra, de tragédie et de musique, à cause des moyens dangereux qu’il emploie, comme on en voudrait à un pêcheur perfide ? Certainement non : car il préférerait cent fois vivre dans le pur élément du silence matinal et s’adresser aux âmes pleines de vie, de force et d’attente, aux âmes du matin chez les spectateurs et les auditeurs. Remercions-le de préférer vivre ainsi que de s’enfuir ; avouons-nous aussi que, pour une époque qui apportera dans la vie des jours de fête et de joie, libres et pleins, notre grand art sera inutilisable. »
        NIETZSCHE; Le Voyageur et son ombre; Aphorisme 170.

samedi, mars 11, 2017

CONTRE LES IMAGES ET LES SYMBOLES

    «Avec les images et les symboles on persuade, mais on ne démontre pas. C’est pourquoi, dans le domaine de la science on a une telle terreur des images et des symboles ; car ici l’on ne veut précisément pas ce qui convainc et rend vraisemblable, on provoque, au contraire, la plus froide méfiance, rien que par les moyens d’expression et les murs nus, parce que la méfiance est la pierre de touche pour l’or de la certitude. »

           NIETZSCHE; Le Voyageur et son ombre; Aphorisme 145.

mercredi, novembre 30, 2016

LA CONVENTION ARTISTIQUE

  Ce qu’a écrit Homère est aux trois quarts convention, et il en est ainsi de presque tous les artistes grecs, qui n’avaient aucune raison de s’adonner à la rage d’originalité qui est le propre des modernes. Ils n’avaient aucune crainte du conventionnel ; c’était un moyen d’entrer en communion avec le public. Car les conventions sont des procédés pour l’entendement de l’auditeur, une langue commune péniblement apprise, au moyen de laquelle l’artiste peut véritablement se communiquer. Surtout pour les poètes et les musiciens grecs, quand il veut être immédiatement victorieux avec son œuvre d’art – étant habitué à lutter publiquement avec un ou deux rivaux – aussi, être compris immédiatement est la première condition : ce qui n’est possible que par la convention. Ce que l’artiste invente au-delà de la convention, il l’ajoute de son propre chef et s’y risque lui-même, au meilleur cas avec ce succès d’avoir créé une nouvelle convention. Généralement, ce qui est original est regardé avec étonnement, parfois même adoré, mais rarement compris ; vouloir échapper avec opiniâtreté à la convention, c’est vouloir ne pas être compris. A quoi vise donc la folie d’originalité des temps modernes ? »
       NIETZSCHE; Le Voyageur et son ombre; Aphorisme 122.

mardi, juillet 05, 2016

SAVOIR AUSSI GOÛTER LE CONTRASTE

     «Pour goûter une œuvre du passé comme la sentaient ses contemporains, il faut avoir sur la langue le goût qui régnait alors, un goût dont elle se différenciait. »
       NIETZSCHE; Le Voyageur et son ombre; Aphorisme 100.

mercredi, octobre 14, 2015

QU’EST-CE QU’ « ETRE OBSTINE » ?

    «Le chemin le plus court n’est pas le plus droit, mais celui sur lequel le vent le plus favorable gonfle notre voile : c’est ce qu’enseignent les règles de la navigation. Ne pas leur obéir, c’est être obstiné : la fermeté de caractère est troublée par la bêtise. »
       NIETZSCHE; Le Voyageur et son ombre; Aphorisme 59.

mardi, mai 12, 2015

LA SIGNIFICATION DE L’OUBLI DANS LE SENTIMENT MORAL

   «Les mêmes actions d’abord inspirées dans la société primitive par l’utilité générale ont été accomplies plus tard par d’autres générations pour d’autres motifs ; parce que l’on craignait et vénérait ceux qui exigeaient et recommandaient ces actes, ou par habitude parce que, dès son enfance, on les avait vu faire autour de soi, ou encore par bienveillance, parce que leur exercice amenait partout la joie et des visages approbateurs, ou afin par vanité parce qu’on les louait. De telles actions dont on a oublié le motif fondamental, celui de l’utilité, sont alors appelées morales : non peut-être parce qu’elles ont été accomplies pour ces motifs différents, mais parce qu’elles ne l’ont pas été pour raison d’utilité consciente. – D’où vient cette haine de l’utilité qui devient visible, alors que toute action louable s’exclut littéralement de toute action motivée par l’utilité ? – Il est évident que la société, le foyer de toute morale et de toutes louanges en faveur des actes moraux, a eu à lutter trop longtemps et trop durement avec l’intérêt particulier et l’entêtement de l’individu pour ne pas finir par considérer comme supérieur au point de vue moral, tout autre motif que l’utilité. C’est ainsi que naît l’apparence qui fait croire que la morale n’est pas sortie de l’utilité : alors qu’en réalité elle n’est pas autre chose, au début, que l’utilité publique qui a eu grand-peine à se faire valoir et à se faire prendre en considération contre toutes les utilités privées. »

       NIETZSCHE; Le Voyageur et son ombre; Aphorisme 40.

jeudi, février 12, 2015

ORIGINE DES PRIVILÈGES

  «Les privilèges remontent généralement à un usage, l’usage à une convention momentanément établie. Il vous arrive une fois ou l’autre d’être satisfait, des deux parts, des conséquences qui résultent d’une convention intervenue, et d’être aussi trop paresseux pour renouveler formellement cette convention ; on continue ainsi à vivre comme si celle-ci avait toujours été renouvelée, et peu à peu, lorsque l’oubli a jeté son voile sur l’origine, on croit posséder un édifice sacré et inébranlable, sur lequel chaque génération doit continuer à bâtir. L’usage est alors devenu une contrainte, lors même qu’il n’aurait plus l’utilité qu’on envisageait primitivement au moment où fut établie la convention. – Les faibles ont trouvé là de tous les temps leur solide rempart : ils penchent à éterniser la convention acceptée une fois, la grâce qu’on leur a faite. »
       NIETZSCHELe Voyageur et son ombre;  Aphorisme 39.

jeudi, novembre 21, 2013

RAISON DE BEAUCOUP D’HUMEUR

     «Celui qui, dans la vie, préfère le beau à l’utile, finira, comme l’enfant qui préfère les sucreries au pain, par se gâter l’estomac et par regarder le monde avec beaucoup d’humeur. »
            NIETZSCHE ; Opinions et Sentences mêlées ;  Aphorisme 364.

lundi, novembre 11, 2013

A QUELQU’UN QUI A ÉTÉ LOUE.

    « N’oublie pas qu’aussi longtemps qu’on te loue tu n’es pas encore sur ton propre chemin, mais sur celui d’un autre. »
         NIETZSCHE ; Opinions et Sentences mêlées ;  Aphorisme 340.

mercredi, août 28, 2013

DANS LES CHOSES BONNES, LE DEMI VAUT MIEUX QUE L’ENTIER.

    «Dans toutes les choses qui sont organisées pour la durée et réclament toujours le service de plusieurs personnes, il faut présenter comme règle ce qui est parfois moins bon, bien que l’organisateur connaisse fort bien ce qui est meilleur (et plus difficile) : mais il tablera sur le fait que jamais les personnes qui pourront correspondre à la règle ne devront manquer, - et il sait que c’est la moyenne des forces qui représente la règle. – C’est ce dont un jeune homme se rend rarement compte et il est certain d’être dans le vrai quand il s’affirme novateur et s’étonne de l’étrange aveuglement des autres. »

         NIETZSCHE ; Opinions et Sentences mêlées ;  Aphorisme 300.

dimanche, juillet 21, 2013

DÉMONTRER SA VANITÉ SUR AMIS ET ENNEMIS.

  Certains hommes maltraitent même leurs amis par vanité, lorsqu’il y a des témoins à qui ils veulent montrer leur supériorité. D’autres exagèrent la valeur de leurs ennemis pour faire entendre avec orgueil qu’ils sont dignes de pareils ennemis.
    
              NIETZSCHE ; Opinions et Sentences mêlées ; Aphorisme 263.

samedi, octobre 20, 2012

EN QUOI LA PIÉTÉ OBSCURCIT.


   On attribue au grand homme, dans les siècles qui lui succèdent, toutes les qualités et toutes les vertus du siècle où il a vécu – et c’est ainsi que les meilleurs choses sont sans cesse obscurcies par la piété qui ne voit en elles que des images saintes où l’on place et suspend des offrandes de toute sorte – jusqu’à ce qu’elles finissent par être complètement couvertes et enveloppées et qu’elles apparaissent plus comme des objets de foi que de contemplation.
          NIETZSCHE ; Opinions et Sentences mêlées ;  Aphorisme 207.

mardi, septembre 25, 2012

CE QUI LIE ET CE QUI SEPARE.


    Ne trouve-t-on pas dans la tête ce qui unit les hommes – la compréhension de l’utilité et du préjudice général -, et dans le cœur ce qui sépare – l’aveugle choix et l’aveugle penchant, dans l’amour et la haine, la faveur accordée à l’un aux dépens de tous les autres et le mépris de l’utilité publique qui en résulte ?
     NIETZSCHE Opinions et Sentences mêlées ;  Aphorisme 197.

ATTELAGE A DEUX.


    L’obscurité de la pensée et l’exaltation sentimentale s’allient tout aussi souvent à la volonté implacable d’arriver par tous les moyens et de se faire admettre exclusivement que l’esprit secourable, bienfaisant et bienveillant à l’instinct de clarté et de netteté d’esprit, de modération et de pudeur du sentiment.
         NIETZSCHE Opinions et Sentences mêlées ;  Aphorisme 196.

vendredi, juin 08, 2012

NON SANS PEINE ON EST SOLDAT DE LA CULTURE.


    NON SANS PEINE ON EST SOLDAT DE LA CULTURE.
  Enfin, enfin, on apprend ce dont l’ignorance vous causait un si grand tort au temps où l’on était jeune : qu’il faut d’abord faire œuvre parfaite et ensuite rechercher ce qui est parfait, quels que soient l’endroit où cette perfection se trouve et le nom sous lequel elle se cache ; qu’il faut éviter, au contraire, tout ce qui est mauvais et médiocre sans le combattre, et que le doute au sujet de la qualité d’une chose – tel qu’il naît rapidement avec un goût un peu exercé – peut nous servir d’argument contre cette chose, et de motif pour l’éviter complètement : au risque de nous tromper quelquefois et de confondre le bien difficilement abordable avec le mauvais et le médiocre. Seul, celui qui ne sait rien faire de mieux doit s’attaquer aux turpitudes du monde, en soldat de la culture : mais ceux qui doivent entretenir la culture et répandre ses enseignements se nuisent à eux-mêmes s’ils demeurent les armes à la main et transforment, par leur vigilance, leurs gardes de nuit et leurs mauvais rêves, la paix de leur vocation et de leur foyer en une inquiétude.
      NIETZSCHE ; Opinions et Sentences mêlées.